Dérives sectaires, bancaires, etc.

Publié le par Eric Roux

Après la ruée polémique autour des propos d'Emmanuelle Mignon, nous sommes censés avoir bien compris que la dérive sectaire (et non les mouvements) était la véritable cible de nos institutions.
Pourtant subsiste un petit point qui manque de clarté. La dérive sectaire semble signifier qu'un groupe reconnu coupable d'une dérive pourrait être interdit.

Outre le fait qu'aujourdhui, nombreux sont ceux qui émettent l'idée que le nombre de dérives est si bas que l'existence d'organismes comme la Miviludes ne se justifie pas (exemple, lire ici), pourquoi les minorités spirituelles seraient-elles les seules à faire les frais d'une telle politique ?

Je propose donc qu'on aborde d'autres dérives sous le même angle, avec une même approche anti-dérives.

Le dérive bancaire.

Il me semble que la Société Générale devrait être interdite, puisque suite à la dérive d'un jeune trader, elle a perdu 3,3 milliards de dollars. Ce qui correspond à la ruine de nombreuses familles pourtant très riches, comme un calcul simple pourrait nous l'apprendre.

La dérive politique

Eh bien nous devrions interdire le parti socialiste, puisque, par exemple, la cour d'appel de Paris l'a condamné en 2007 à verser quelque 25 000 euros de rappels de salaire et d'indemnités à l'un de ses anciens employés, dont le contrat de travail avait été renouvelé en toute illégalité en octobre 2002 (ici).

Puis, pour ne pas faire de jaloux, nous allons interdire l'UMP, puisqu'en 2007, l'un de ses membres a été condamné pour propos homophobes.

Bien entendu, le PCF, le Front National et les autres ont aussi leur lot de dérives, et franchement, les prochaines élections vont avoir un goût de neuf.

La dérive médicale

Combien de médecins condamnés ? Combien de psychiatres condamnés dans l'année. Peut-être un record absolu en termes de dérives... viols (ici), euthanasies (ici), etc.

Donc, interdite la psychiatrie !

La dérive policière, la dérive judiciaire.

Là, je suis bien embêté, parce que malgré Outreau en ce qui concerne la dérive judiciaire, et les derniers écarts de fonctionnaires de Police d'Asnière, je me vois mal interdire la police et la justice, sinon il n'y aura plus personne pour lutter contre les dérives.

Ah, si, la Miviludes, c'est vrai !

Pourtant, même quelques anciens de la Miviludes semblent y voir quelques dérives pointer leur nez.

Nathalie Luca, sociologue au CNRS et membre de la Miviludes jusqu'en 2005 déclarait il y a peu :

"Dans les faits, la Miviludes observe peu de condamnations par la justice, donc peu de dérives avérées. Elle réoriente donc largement son travail sur la prévention.Le problème, c'est qu'il n'est pas sûr qu'elle ait les bons outils pour faire de la prévention, et du coup, cela ressemble parfois un peu trop à des accusations insuffisamment démontrées. Nos voisins européens ont également des structures semblables, mais ils se donnent d'autres moyens pour remplir leurs missions de prévention. En Belgique, en Angleterre ou en Suisse, leurs centres contiennent une grande base de données consultables par tous. Tout ce qui a été fait, écrit ou dit sur un mouvement se retrouve compilé. Du coup, chacun peut se faire son propre avis sur un groupe. Non seulement la Miviludes n'a aucune bibliothèque, mais pendant une période elle n'avait même pas de documentaliste ; je ne sais pas si elle en a une aujourd'hui !"

Bref, la Miviludes dérive, elle aussi...

Publié dans société

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pascal Bonvin 04/03/2008 19:59

Excellent article, tout comme celui consacré aux dérives des commissions parlementaires consacrées aux "sectes".